Profil

Eric Peyron

Lorsqu’on me demande quel poste j’occupe sur le Projet Rage, j’ai tendance à répondre que je suis le scénariste et producteur des séries de BD Rage et Worlds of Rage. Mais ce n’est pas tout. Je suis à la fois scénariste, concepteur du site Rage Website, développeur des apps iOS de Rage (Bon OK, elles ne sont plus sur l’iTunes Store, mais je vais travailler sur les mises à jour), directeur artistique et responsable éditorial (ces deux termes ne sont pas appropriés ; aux USA, on dit Editor, ce qui englobe encore plus de choses), Éditeur (non, là, on dit bien Éditeur, et cela n’englobe que l’édition, ce qui est déjà beaucoup) et traducteur Anglais-Français. Et ce n’est pas tout ! Je m’occupe aussi de la publicité, la rédaction des dossiers de presse, la promotion, de la mise en vente des apps sur différents supports, et je me tape aussi la représentation du site dans les festivals de BD… Depuis que j’ai essayé de créer une page de financement participatif sur Patreon, j’ai également commencé à monter de petites bandes annonces vidéo… En fait, je m’occupe de tout sauf de la partie artistique et du lettrage. Ah non, c’est inexact ! Depuis Rage 2, je m’occupe officiellement du lettrage. Et à partir de Rage 5, je vais aussi m’occuper des aplats de couleurs.

Et avec tout ça, je n’arrive toujours pas à rentabiliser mes livres. Les bénéfices ne sont pas suffisant pour payer les artistes travaillant sur le projet. Les financements participatifs ne fonctionnent pas non plus, la communication et la promotion n’étant pas mon fort. Tout le projet est donc financé avec mes fonds propres. Vous connaissez cette vieille blague de l’éditeur qui promet à ses artistes de la visibilité au lieu de leur donner de l’argent ? Ben avec moi, c’est l’inverse : vous serez payés, mais vous n’aurez aucune visibilité.

S’auto-financer avec ses fonds propres implique d’avoir de nombreux autres métiers (d’autres métiers que ceux cités plus haut, qui me coûtent de l’argent au lieu d’en rapporter). Ma spécialité, c’est la traduction de l’anglais au français. J’ai commencé à travailler dans la traduction il y a une vingtaine d’années, et il s’agissait d’un travail très bien payé à l’époque. 20 ans plus tard, les tarifs des traducteurs ont baissé au lieu d’augmenter, tandis que les charges sociales et le coût de la vie augmentaient de plus en plus (Normalement, si vous vivez en France, vous êtes au courant pour l’augmentation du coût de la vie, puisque tous les samedis, des types en jaune qui touchent pratiquement tous au moins 1 500 € par mois essaient de casser leur pays pour régler le problème). Parallèlement à cette baisse des tarifs, les sociétés de traduction exigent de plus en plus d’activités gratuites de leurs traducteurs « indépendants », l’activité la plus irritante étant le contrôle du contrôle qualité. Si si, vous avez bien lu. Les sociétés de traduction sont à présent tellement inquiètes de la qualité, qu’après un contrôle de la traduction par un autre traducteur, elles demandent aux traducteurs originaux de contrôler le contrôle. On ne sait d’ailleurs même plus quelle société est à l’origine du contrôle qualité. Il y a encore 10 ans, c’était relativement simple : lorsqu’une marque comme Apple sortait un nouveau produit, elle envoyait à une société de traduction une enveloppe généreuse pour couvrir tous les frais de traduction, et la société de traduction répartissait ensuite le travail sur un certain nombre de traducteurs indépendants pour pouvoir tenir les délais. Tout le monde était donc très bien payé. À présent, les sociétés de traduction ne travaillent plus directement pour Apple et autres grandes marques, mais pour un intermédiaire qu’elles appellent Le Client. Avec une majuscule. Ça ressemble au début d’un film… L’histoire ne dit pas pour qui travaille Le Client, ni combien d’intermédiaires se sont placés entre les grandes marques et les sociétés de traduction. Et bizarrement, tout le monde en bout de chaîne est de moins en moins bien payé.

Au cours de mes dernières années de traduction, quand je divisais mes revenus par 12 en fin d’année, après avoir déduit les charges, les frais et la taxe professionnelle, je tombais soit sur une somme inférieure au SMIC, soit sur une somme légèrement supérieure. J’en ai eu assez d’être sous-payé par des sociétés de traduction qui nous traitent quand même un peu comme des merdes, et je me suis remis à chercher des petits boulots salariés, qui rapportent le SMIC. Dans le langage de notre président, je crois qu’on appelle ça traverser la rue.

Actuellement, votre future vedette de la BD fait donc de la mise en rayon et des démonstrations en grandes surfaces, monte et démonte des stands d’animation, distribue des prospectus dans vos boîtes aux lettres, et remplace des affiches dans les toilettes des bars et restaurants. En cumulant des métiers pour le moins ingrats qui ne demandent aucune connaissance particulière, je gagne plus d’argent à l’année qu’en traduisant de l’anglais technique, tout cela en bénéficiant des avantages sociaux relatifs au salariat.

Et qu’est-ce que je fais le week-end ? Quand je ne travaille pas sur le prochain numéro de Rage, je pars en festival pour essayer d’en vendre les versions imprimées. J’essaie également de trouver du temps pour m’occuper de ma famille, lire des comics et aller un peu au cinéma. Et peut-être que je vais aussi consacrer du temps à la mise à jour de cette bio, pour me détendre un peu.

Comme la série Rage est en vente chez divers éditeurs numériques, il existe également quelques pages d’auteur Eric Peyron sur le Web, que j’essaie de mettre à jour quand le temps le permet. Voici celles que j’ai pu trouver jusqu’à présent :

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